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Hamelin (J. Mayorga)

Christelle Colleaux nous parle de Hamelin:

Une pièce de théâtre à découvrir 

Le théâtre du Rideau de Bruxelles crée des pièces d’auteurs contemporains. Il propose des pièces qui parlent du monde dans lequel nous vivons et qui nous mettent en question. Hamelin est une pièce de l’auteur espagnol Juan Mayorga.

Personnellement, je trouve cette pièce passionnante car elle pose beaucoup de questions et ne donne pas de réponse toute faite. Elle nous met en question sur l’importance du langage et comment notre accès au langage permet de nous positionner dans la société. Juan Mayorga dit:
« L’appauvrissement commence par les mots et, le pouvoir commence aussi par les mots, par la capacité d’intervenir dans la vie des autres grâce aux mots » .
Ce rapport au langage, nous n’y pensons pas souvent et pourtant il est essentiel. Le regard qui sera porté sur nous est en lien avec la manière dont nous nous exprimons (ou pouvons nous exprimer). Le pouvoir que quelqu’un a sur nous ou sur un groupe de personnes est fonction de sa manière de nous parler: on vote pour l’idée de quelqu’un car il sait bien s’exprimer et convaincre son public même si l’idée n’est pas passionnante…
C’est donc un sujet vaste qui est au centre de cette pièce et qui me semble particulièrement intéressant pour les jeunes d’aujourd’hui qui sont les acteurs de demain…

Voici un extrait des propos du metteur en scène Christophe Sermet à propos de cette pièce

« Hamel in est un morceau de théâtre inclassable et inattendu. Sans volonté de choquer à tout prix, la pièce donne l’impression de remuer le couteau dans la plaie. Elle m’a immédiatement interpellée, intriguée, irritée… L’auteur n’y va pas par quatre chemins : il est question de pédophilie, un juge enquête sur un notable soupçonné de s’attirer les bonnes grâces d’une famille pour abuser des enfants. Le suspect nie farouchement tout en admettant être attiré par les enfants. Que vaut la parole accusatrice de l’enfant ? Faire du théâtre avec ça ? C’est dérangeant, forcément. Un plateau de théâtre est-il le bon endroit pour aborder cela ? Y a-t-il là matière à spectacle, à divertissement ? Je crois que c’est justement le sens et la force du théâtre aujourd’hui : poser les questions qui gênent, qui mettent mal à l’aise, qui fâchent, qui abordent ce qui fait mal à la société et qu’elle a tendance à refouler.
Dans Hamelin, toute la société est questionnée : la famille, les milieux socio-pédagogiques, la justice, les médias, la cité tout entière. Le greffier doit noter, le journaliste titrer et la psychologue diagnostiquer. Chacun réduit les mots au besoin de sa fonction. Une faillite collective, comme le définit Juan Mayorga, qui pourrait bien être celle du langage. C’est là que se situe le véritable enjeu de la pièce : la valeur et les limites de la parole. Le langage, «comment il se forme et comme il ferme». Il y a obligation de nommer, de trouver des mots pour désigner un acte, de faire rentrer les mots dans l’espace qui leur est imparti au risque de simplifier, de synthétiser, de normaliser le langage. La recherche obsessionnelle de vérité du juge se révèle être une quête de mots. Ceux qu’il cherche pour interroger l’enfant sur l’innommable sont-ils les mêmes que ceux qu’il ne trouve pas pour parler à son propre fils ?».

 

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